« 5 juin 1838 » [source : BNF, Mss, NAF 16334, f. 232-233], transcr. Armelle Baty, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2441, page consultée le 27 janvier 2026.
5 juin [1838], mardi matin, 11 h.
Bonjour mon petit homme. Je boude car je vois avec peine que rien ne vous amorce. J’espérais cependant que la promesse que je vous ai faite cette nuit serait de quelque poids dans votre esprit, je veux dire dans votre ventre, mais vous n’avez pas plus de cœur là qu’ailleurs et je renonce à vous séduire de quelque manière que ce soit. Bonjour vieux Toto, je commence à vous préférer M. Moëssard, artiste du théâtre de la Porte-Saint-Martin. Me ferez-vous sortir aujourd’hui ? Il fait bien beau et je ne marche pas beaucoup. Cependant pour peu que cela vous dérange, je resterai chez moi à penser à vous sans murmure. Je vous aime malgré toutes vos turpitudes. Il faut que l’amour me soit chevillé et soudé d’une façon bien triomphante pour résister à tous les petits démonsa de l’absence qui ne cessent de le tirer et de le harceler la nuit et le jour sans pouvoir l’arracher. Oui je vous aime, je vous adore de tout mon cœur.
Juliette
a « démonts ».
« 5 juin 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 234-235], transcr. Armelle Baty, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2441, page consultée le 27 janvier 2026.
C’est bien dommage, mon Toto, que je n’étais pas attiféea comme vous avez l’irrévérence d’appeler la toilette de votre Juju, car je serais allée avec vous à pied chez la mère Pierceau et revenue de même, ce qui m’aurait fait grand bien et grand plaisir puisque je serais restée avec vous quelques heures de plus. Une autre fois je serai sous les armes dès le matin, il est vrai qu’une autre fois vous ne viendrez pas du tout, ce qui me vexera d’autant plus fort. Je suis épuisée de fatigue, j’ai repassé dix peignoirs, quand on n’en a pas l’habitude ça fatigue, PAROLE D’HONNEUR. À propos de parole et d’honneur, quand comptez-vous me donner ce magnifique dîner que vous me promettez depuis onze mois. Je ne suis pas grosse de ce dîner-là toujours et il faut avouer que vous êtes un fameux blagueur. Je vous aime mais je sais ce que je pense de votre conduite. Je vous le dirai entre quatre zyeux quand vous voudrez, à pied et à cheval, entendez-vous ?
Juliette
a « attiffée »
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
